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Excerpts: Maltese | French

In English: The Madonna round Evelina's | At Livia's Bar | Myslovitz

 

 

 

Evelina et la Madone
(traduction: Anne Sophie Laurier)


Il l'avait rencontrée au Hungry Duck, au cœur de Moscou, là où les dames peuvent boire à l’œil et autant qu'elles le souhaitent jusqu'à onze heures et demie du soir. Ils se sont retrouvés par hasard au bar ; elle avec un Hanky-Panky, lui avec une vodka martini. Leurs regards se sont d'abord posés sur les verres, puis ils se sont regardés et ont compris qu'ils étaient seuls. Et c'est étonnant de voir comme un mot peut en entrainer un autre, même dans le froid glacial de Moscou. Le matin suivant, il était un peu surpris parce que, alors qu'il quittait le petit appartement d'Evelina, elle lui a laissé entendre qu'elle aimerait le revoir. Et c'est ce qui s'est passé.

Six mois plus tard, elle était là avec lui dans la maison qu'il avait héritée de son grand-père, située dans un village minuscule, quelque part entre la Sicile et la Lybie. Roza, la voisine d'en face qui donnait la communion aux vieilles dames du village, a dit que pour avoir trouvé une femme, il avait certainement dû l’acheter ! D’autres ont un peu réfléchi et dit qu'il l’avait achetée sur Internet. Et il y en avaient certains qui souriaient à chaque fois qu'ils voyaient le couple comme s'il s'agissait d'une plaisanterie. Evidemment, certains prêtres et ceux qui étaient un peu trop proches d'eux, regardaient le couple comme s'ils voyaient Judas Iscariote porter une caisse de bières Hopleaf. Puisque, bien sûr, ils vivaient dans le pêché. Non seulement ils menaient déjà une vie conjugale avant le mariage mais ils régularisaient aussi l'irrégulier. Ils allaient même chez l'épicier quelque fois pour acheter du beurre, même ça ! Et tous ces gens leur lanceraient ce regard, celui qui semble vouloir dire « pardonne-les car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Ils étaient heureux. Elle prenait soin de la maison, la décorait, arrosait le bougainvillier, tuait les mouches et se promenait à vélo alors que lui, il faisait la navette de la maison au bureau et du bureau à la maison. Ils n'avaient jamais beaucoup parlé de religion, à part de choses évidentes comme « oh regarde, là-bas, tu vois, c'est une église.. » ou encore, comme quand elle a décroché un tableau de la Dernière Cène du mur de la cuisine parce qu'il n'allait pas avec la décoration, ce qu'il accepta en la serrant dans ses bras. Il était catholique, baptisé, communion solennelle et confirmation. Mais comme Evelina n'avait jamais fait allusion à la messe ou à ce genre de choses, il n'avait jamais voulu en parler non plus. Jusqu'au jour où, un samedi matin, alors qu'elle se promenait à bicyclette, on leur a apporté la Madone.

« Nous vous avons apporté la Madone » a dit le voisin, en ouvrant la porte d'entrée.

Les villageois se passaient la Madone et tout le village participait à cet échange, de maison en maison. Chaque foyer la garderait deux jours et la laisserait soit dans la cuisine où l’huile de la poêle éclabousserait son visage, soit dans le salon à côté de Super One TV.

Que devait-il faire ? Dire au voisin qu'il ne la voulait pas parce qu'elle n'allait pas avec la décoration d’Evelina ? Refuser la Madone ? N'était-ce pas elle qu'il priait chaque fois qu'il était dans la salle d'attente du médecin alors qu'il se tordait de douleur ? Et maintenant, il devrait la refuser ? Aucune chance. Il l'a rentrée dans la maison, l'a mise sur la table de la cuisine et est retourné se couper les ongles de pieds. Ensuite, Evelina est arrivée.

« C'est quoi ce truc ? »
« Que veux-tu que ce soit Evelina ? C'est la Madone. »
« Et que fait la Madone dans notre cuisine ? »

C'était inutile d'essayer de lui expliquer toute l'histoire. Cela n'avait aucun sens de lui expliquer que certaines personnes passaient leur temps à s'occuper de ces choses-là. Evelina a pris la Madone et l'a mise sous les escaliers, de manière à ce qu'il faille s'accroupir pour la voir comme s'il fallait aller sous un camion.

« La Madone peut rester là pendant ces deux jours. »

Et il a fait comme d'habitude. Il est resté silencieux. Les querelles inutiles l'ennuyaient. Mais ce soir-là, dans la maison appelée « In-Nann » (en mémoire à son grand-père), des choses étranges ont commencé à se passer. D'abord les lumières se sont éteintes. Seulement les leurs dans toute la rue. Et au moment où il a essayé de remonter le disjoncteur, celui-ci a lancé une flamme qui a failli lui rôtir la main. Il était trop tard pour appeler Guzi l'électricien et ils ont donc décidé de se coucher tôt cette nuit-là. Alors, avec une bougie qui se consumait lentement à chaque côté du grand lit, il s'est allongé et a commencé à fixer le plafond et les ombres étranges qui se formaient devant ses yeux. Parmi elles, une grande ombre a commencé à prendre forme. C'était la forme d'une flèche. Non, en fait, elle ressemblait plutôt à un sapin de Noël. Non. Ensuite, transparente comme le cristal, une femme est apparue ... voilée. La Madone sous les escaliers ! C'est à ce moment-là qu'ont commencé les cauchemars. Les feux de l'enfer. Les cris. Les chaînes. Les sanglots. Les démons et on ne sait quoi encore.

Le jour suivant, quand Evelina est rentrée de sa promenade à bicyclette, elle a été accueillie par la statuette de la Madone sur la commode de l'entrée.

« C'est quoi ce bordel ? »

Ce jour-là, pour la première fois, ils se sont violemment disputés.

 
 

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